Le
pont-levis est relevé, porte fermée, l'instructeur
et ses trois victimes sont dans la salle de torture.
Aux commandes pour maîtriser
la bête : 40.000 heures de vol !
Tiens, ce manche m'est familier,
un "W" à l'envers, influence culturelle française
au pays de Santos Dumont ? Je suis le premier à passer
au trapèze, je subodore que l'instructeur va me soigner,
afin de prouver que les papys ne savent plus piloter, ont ils
jamais su ?
Roulage au sol, hum, ça
roule à gauche, à droite, parfois la roulette passe
sur le trait jaune. Les moteurs font un bruit curieux, comme
un bruit d'hélice, comment, ça existe encore ?
Aligné sur la piste, je suis prévenu, "ça
embarque dur à gauche à la mise de gaz"...
Je
devine qu'il va embarquer à droite! Le piège, il
embarque à gauche, je parierai qu'en plus il a hypocritement
réduit le moteur gauche et affiché 50 nuds
de vent de travers.
Bon, tant bien que mal la rotation
est faite, vario, train, les habitudes reviennent... Assiette
de montée, je reprends plus ou moins l'axe de la piste,
tiens, qu'est ce que c'est que ce directeur de vol, ah oui, les
moustaches comme sur les premiers B 707 en 1960...
Je fais ce que je peux pour poser
la maquette sur ces moustaches qui se dérobent, oscillent,
je sue, j'angoisse, je me plains, je sens le dédain de
l'instructeur, je devine qu'il hausse les épaules en commutant
le directeur de vol sur une configuration que j'ai pratiquée
pendant des décennies : Les aiguilles croisées.
Je devine qu'il me prépare
une rosserie. Je regrette mon binôme, Didier, quand pour
mon ultime qualification à Air France, de la place droite
il voyait l'instructeur bidouiller dans mon dos une vacherie.
Ici, à droite, Bernard ne
m'aide pas, sans doute souhaite t-il que je casse cette caisse
à savon. Dans l'interphone Didier me prévenait
"panne du 4", "gradient de vent 40 nuds",
"feu au 3"...
Ici, c'est pire, je sais que la
panne est imminente, la tension est intense, rien, encore rien,
alors que je suis prêt à tout !
Je suis tendu sur les gouvernes,
je devine que le train ne va pas se verrouiller, va me condamner
à une périlleuse remise de gaz avec un moteur qui
dévisse...
Non, c'est vraiment un vicieux,
rien, pas de panne, alors réduction, arrondi, boum et
badaboum.
C'était ça ! Il avait
programmé un boum...
Commentaire :
Ce vol fut un vrai régal,
avec un instructeur amical, efficace et tolérant, merci
à lui et aussi à l'organisateur de cette belle
journée d'automne au Bourget...
Gérard
Duguet