Mémoires de Paul Robert, un siècle d’Histoire et d’engagement


Il est des moments rares et précieux dans la vie d’une association qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte : fêter le centenaire de l’un des siens. Grâce à la vigilance de Patrice Crétaud, notre dévoué délégué auvergnat, nous avons été informés que notre grand ami Paul Robert, né en 1926, franchirait le cap mythique des cent ans le jeudi 27 août 2026.
Pour honorer cet anniversaire exceptionnel, plusieurs institutions se sont unies dans un même élan de fraternité : l’Association Nationale de la Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, représentée par son président local, Jacques de Chabannes et son prédécesseur René Boisset, la Société des Membres de la Légion d’Honneur (SMLH), représentée par la présidente du comité de Vichy, Sylvie Desmurs, l’Union Nationale des Combattants, et bien sûr, notre propre association, Les Vieilles Tiges représentée par François Pelletier, président du Groupement Saint Exupéry. Le rendez-vous était donné au Sporting Vichy, un cadre magnifique sur les rives de l’Allier. Nous étions une quarantaine de membres des 4 associations dont 12 Vieilles Tiges rassemblés autour de notre ami. C’est au fil des discours et des partages, durant l’apéritif, que s’est dessiné le portrait fascinant de Paul Robert.
Paul est le digne héritier d’une mosaïque Française : des Savoisiens, des Auvergnats, des Limousins, mais aussi des Alsaciens qui, refusant l’occupation allemande de 1870, choisirent de s’installer en Algérie à la fin du XIXe siècle. Ces pionniers modestes y apportèrent leur courage et leur savoir-faire de meuniers et d’agriculteurs. L’engagement coule dans les veines de la famille : en 1914, son père Jean s’était jeté dans la tourmente de la Grande Guerre à seulement 17 ans. Suivant cette voie, Paul devint engagé volontaire à 18 ans. Encore mineur, c’est avec l’aval paternel qu’il signa son engagement à Alger.
Son périple militaire commença par ses classes à Casablanca, avant d’embarquer pour l’Angleterre en février 1944. Débarqué à Glasgow, il rejoignit le Yorkshire au son de la cornemuse d’un garde écossais en kilt jouant « La Madelon ». Orienté vers la Royal Air Force (RAF) sur la base d’Elvington, près de York, il passa avec succès les tests de sélection en une dizaine d’heures. Si sa formation de pilote connut de longs retards, il put enfin reprendre son entraînement à Meknès, au Maroc, au sein de la prestigieuse école de l’aviation de chasse. Son brevet de pilote en poche le 1er mars 1946, il signa immédiatement un contrat de cinq ans.
En 1948, alors que le monde frôlait une troisième guerre mondiale, Paul se retrouva aux avant-postes de la guerre froide. Basé au lac de Constance, il enchaîna les manoeuvres aériennes pour protéger le couloir stratégique du pont aérien de Berlin, mis en place par les Alliés pour ravitailler la ville encerclée par les troupes soviétiques. À la fin de cette même année, une opportunité le poussa à démissionner pour reprendre l’exploitation agricole familiale en Algérie.
L’Histoire le rappela pourtant sous les drapeaux en novembre 1957. Intégré à l’escadrille de réserve ERALA 1/40 d’Alger, il entama une période de combats intenses. Mobilisé quatre jours toutes les deux semaines, Paul vola à bord de son North American T-6 Texan armé de mitrailleuses et de roquettes, assurant la protection des convois au sol et l’appui des troupes parachutées. Face à une DCA au sol redoutable, il devait piquer jusqu’à 250 mètres de sa cible pour ajuster ses tirs. Dans un secteur de 150 kilomètres de côté au nord d’Alger. Le rythme était épuisant, atteignant parfois huit heures de vol par jour.
Jusqu’en 1962, il mena cette double vie harassante entre les missions aérienne et le travail de la terre, jusqu’à la proclamation de l’indépendance. La saga de la famille Robert outre-Méditerranée s’achevait ainsi, dans la douleur du déracinement.
Aujourd’hui, avec un total de 1 128 heures de vol à son actif, Paul Robert incarne le courage et la résilience. Nommé Chevalier de la Légion d’Honneur le 28 novembre 2002 et membre de la SMLH depuis janvier 2003, il a fêté ses cent ans entourés de l’estime, du respect et de l’affection de ses camarades.

Un grand Monsieur à qui nous disons : respect, et joyeux centenaire, cher Paul !